Comment réagir à la mort d’une célébrité que t’étais le seul à pas connaître

La mort est déjà quelque chose de terrible en soi (cf. les morts célèbres de l’histoire), alors essayons de faire en sorte qu’elle ne te fasse pas passer pour le péquenaud inculte de la bande. 

Si en 2016 on a eu droit a du lourd (Bowie, Prince, Mohamed Ali, Jean-Pierre Coffe), l’année 2017 a l’air beaucoup moins gourmande en terme de morts célèbres. Qu’on soit d’accord : beaucoup de gens continuent à mourir (c’est un invariant historique), mais les gros poissons se font moins nombreux. Pour prendre quelques exemples de décès récents : le syndicaliste François Chéréque, le sociologue Zygmunt Bauman, l’avocat Thierry Lévy, les acteurs John Hurt et Emmanuelle Riva…

Quoi, tu les connais pas ? Honte à toi qui ne suit l’actu qu’à travers le compte Twitter de Thierry Moreau. Je dis ça, mais ça me concerne aussi : il nous est tous arrivé de nous sentir bien con au moment d’un décès d’une personnalité publique, quand, face aux mines graves et déconfites des potes, on ne savait pas qui était la personne en question.

Pour remédier à cette question de première importance, j’ai concocté un petit guide à l’usage des non-savants, ceux qui dépriment dès qu’ils reçoivent une notif push JMM leur indiquant la mort de tel ou tel Nobel de mathématiques slovène, ou tel ou tel membre de l’Académie Française laissant son siège vacant pour qu’un autre inconnu lui succède.

J’ai expérimenté, et ça a toujours fonctionné jusque là. Déjà il y a tout un tas de phrases bateau qui fonctionnent à tous les coups : « encore une page qui se tourne », « j’avais pourtant bon espoir qu’il s’en sorte », « comme quoi, ça arrive même aux meilleurs »

Plus osé : « j’aimais pas spécialement ce qu’il faisait – faut dire que je suis pas un pigeon obéissant aux injonctions du capitalisme généralisé – mais je dois bien reconnaitre que ça fait un choc »…  Avec un peu de conviction, un « C’est con, il devait passer chez Drucker dimanche » devrait passer comme une lettre à la poste, ou comme papa dans maman, c’est selon votre type d’humour (graveleux ou pas).

A côté de ça, il existe des cas bien spécifiques, détaillés dans la notice ci-jointe :

– Si la personnalité a une tronche à faire la couv de Télérama, envoyez un bon vieux « ça me rappelle cette brouille de légende chez Taddéï !!! RIP Ce soir ou jamais d’ailleurs ». C’est d’une pierre deux coups : vous montrez que vous êtes dans le coup, tout en faisant bifurquer le sujet vers ailleurs. Bravo, c’est brillant. Et on s’en fiche que la personnalité se soit vraiment brouillée chez Taddéï (vos potes aussi sont à la ramasse).

NB : Comment reconnait-on une star Télérama ? En général c’est une photo où la personne tire la gueule, où elle se passe la main droite dans les cheveux, et il y a une légende au bas qui dit « Plus libre que jamais » ou « Confessions d’un vagabond rock ».

– Si c’est un ancien dirigeant politique, allez-y franco : « Après Pasqua, après Rocard, non mais stop l’hécatombe là !!! ». Comme tout bon citoyen français, vous êtes impliqué(e) dans la vie publique du pays. C’est bien. Si vous êtes en région centrale, vous pouvez même tenter un « quelqu’un a prévu d’aller aux obsèques ? ». Bon si le mec en question s’appelle Jean-Marie, c’est à vos risques et périls.

Ce-n-est-pas-parce-que-Florian-Philippot-va-au-Petit-Journal-que-le-FN-change-de-ton-avec-les-journalistes

Un Facebook Live de l’enterrement.

– Si la star est issue du monde de la musique, n’ayez pas de pitié : « Génial, on va encore se farcir l’essentiel des tubes en boucle sur Nostalgie ». Remember Michael Jackson en 2009. Huit ans déjà, ma gueule.

– Si la mort est causée par un suicide, rappelez que vous avez un sens historique très affiné. « Après Robin Williams, après JP de L’amour est dans le pré, après Hitler, ça commence à faire beaucoup là !!! (émoticone furieux) ». Si la street-cred est avec vous, pourquoi ne pas conclure par un convaincant « Life’s a bitch, dough* » ?

PAUSE : évitez d’en rajouter des couches et des couches. Si en voyant votre trogne, on a la musique de Requiem for a dream qui nous vient à l’esprit, c’est que vous en faites trop. Le risque est de passer plus pour quelqu’un qui a besoin de Prozac, que quelqu’un attristé par le trépas d’une star. Exemples à ne pas suivre :

Young man with hands clasped together

388_03_04_07_I-miss-you-so-much-sad-girl-photos

banyo-koku-tespiti

– Si la personnalité est issue du monde du spectacle, et qu’elle n’est pas de première jeunesse, optez pour un bon « Ah la la, Cannes 82, je m’en rappelle comme si c’était hier » (mine nostalgique et yeux perlants, pour bien montrer que vous êtes « tout secoué » par la triste nouvelle).

Y’aura toujours des rabougris dans le groupe pour vous signifier que vous n’y étiez pas, à ce Festival de Cannes, ce à quoi vous rétorquerez un franc et direct « Mon père est plus friqué que l’ensemble de tes ancêtres, alors je te déconseille d’aller sur ce terrain-là ».

– Si la star s’appelle Dave, entonnez la mélodie de « Du côté de chez Swann » ou « On s’était dit rendez-vous dans dix ans ». La dernière est pas de lui, mais moi ça me met toujours dans un drôle d’état quand je l’écoute.

*La vie est une salope, pâte à pizza précuite.

Commentaires ()