Comment foutre un gros malaise à votre pot de départ ?

Que vous partiez de votre plein gré ou qu’on ait pris la décision de vous virer, le monde du travail a ceci de généreux qu’il offre des pots de départ à toutes et à tous. Sauf peut-être ceux qui ont la mauvaise idée de partir la troisième semaine d’août. Voici nos conseils pour laisser à vos collègues quelques souvenirs impérissables.

1. Conviez la terre entière à la petite sauterie

Par la grâce de la technologie, vous devez avoir accès à un large répertoire d’entreprise depuis votre poste : c’est le moment de créer une boucle mail. Pour ceux qui l’ignorent, la boucle mail est le nom pimpant et sexy que les travailleurs branchés ont trouvé pour qualifier un mail avec plusieurs personnes dedans : chaque jour au déjeuner, des tonnes de boucle mail sont expédiées de façon à éviter la solitude à la cantine, ou gratter des infos  nutritionnelles sur le menu du jour.

Pour mettre à bien votre plan diabolique, votre départ doit faire grand bruit : l’idée est d’inviter un maximum de personnes, y compris vos n+4 qui ne sont présents que quand ils se libèrent du temps libre entre deux parties de golf, ou des inconnus notoires qui officient pour des services voisins. Optez pour un mail des plus lèches-bottes et business-oriented, qui se conclut grosso merdo de la sorte : « ce sera l’occasion de faire plus ample connaissance, et mettre en valeur la richesse de notre réseau B2B autour d’un buffet aussi quanti que quali 😉 Poke Philibert 😉 »

Une boucle mail étant par définition une bouteille à la mer, vous n’obtiendrez que peu de réponses. Faites des relances : modifiez la date de l’événement, sondez l’opinion sur leurs intolérances alimentaires, envoyez des petits GIF d’animation lumineux (le mot se prononce « GIF ») qui exaspéreront ces gens qui n’ont jamais entendu parler de vous et qui n’en ont rien à secouer de cette « commande chez un traiteur gluten-free dont Karine m’avait parlé au self ».

2. Mettez vos collègues à l’aise

Malgré votre degré élevé de chiantise, vous serez étonné(s) de voir la salle pleine à craquer le jour J. C’est toujours comme ça, dès lors qu’il y a distribution de champagne et tomates cerises par centaines : les gars viennent juste « faire un petit coucou » avant de regagner leur bureau avec du clafoutis Picard plein les dents.

91759026_oUn discours, un discours, un discours…

Ce constat fait, pensez à activer discrètement le chauffage de la pièce, et ainsi stimuler le taux de production d’auréoles autour de vous. Certaines personnes la ramènent moins dès lors qu’ils ont l’Hudson River sous les bras (cf. Capucine Anav). En plus, c’est le genre de petite dépense qui alourdit encore les frais de gestion, et davantage encore pour une PME au bord de la faillite comme celle où vous vous trouvez (même avec un chauffage électrique).

Tout au long de l’après-midi, vous verrez des gens venir vous féliciter pour la tâche accomplie, abusant sur le champ lexical de « l’implication » et de la « bonne humeur » censées vous caractériser (étrangement, ça caractérisait déjà le collègue qui a quitté le navire il y a deux semaines). Face à ces automates, une seule réponse possible : « Merci Béa* (sourire ému). Le Lexo dès le réveil aide beaucoup je dois dire« .

*le prénom a été modifié

L’humour gras peut aussi vous être d’un grand secours. Très pratiqué en open-space, l’humour gras se distingue de l’humour subtil par le fait qu’il est entièrement dénué de subtilité. C’est un rire qui va plutôt chercher du côté du gras. En général, c’est impossible pour la personne en face de répliquer quoi que ce soit, tellement le niveau est bas et graisseux comme un Churros. En voici un exemple :

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« Ah, je crois que c’est encore moi qui vais avoir la fève, héhéhéhé (sourire amical d’open-space) »

3. Chiadez bien votre discours

Qui dit pot de départ dit fin de contrat. Et qui dit fin de contrat dit discours d’adieu. Selon la formule mathématique consacrée (A + B + C = produit de f(x) ), j’en conclue que qui dit pot de départ dit discours d’adieu.

Oui, on aurait peut-être pu passer directement de l’un à l’autre, sans alourdir le propos avec une étape intermédiaire, mais passons.

Le discours d’adieu est le truc toujours très attendu : si vous êtes populaire, les gens vous regrettent et versent une petite larme en ressassant vos bons moments ; si vous n’êtes pas vraiment le bien-aimé, on est impatient de savoir quelles tartufferies vous allez bien pouvoir sortir de votre chapeau.

Je propose donc de faire original. Avant de commencer le discours, lancez en guise de préliminaire une petite prez Powerpoint, avec des diapos de vos collègues qui s’enchainent sur une musique de circonstance (une version karaoké d’Hallelujah de Jeff Buckley). Il faut que le truc est l’air super solennel, un peu comme ce moment des César où les morts de l’année défilent sous nos yeux :

 

…..

b

…..d

…..c

…..

Poursuivez par un discours où s’accumulent les banalités : « j’aurais beaucoup aimé bosser avec vous », « vous m’avez tous accueilli(e) chaudement », « je ne suis plus la même personne qu’à mon arrivée dans la boîte », « je n’oublierai jamais les vannes de cul de Thierry », « je m’en vais découvrir de nouvelles aventures ». Bien entendu, vous n’oublierez pas de témoigner toute l’étendue de votre gratitude : « grâce à vous je suis plus sûr(e) de moi, et peut-être plus négationniste encore ».

Après ce coup d’éclat, il serait tentant d’ouvrir vos cadeaux, histoire de savoir s’il restait encore des articles pas trop dégueux au CE. Avec un peu de chance, vous aurez peut-être le 4 couleurs collector avec le logo de la maison. Narguez vos collègues en prétextant que vous avez un train à prendre, et que vous ouvrirez tout ça depuis chez vous.

Avant de partir pour de bon, demandez individuellement le profil LinkedIn de chacun, histoire de pouvoir rester en contact, et découvrir rapidement qui est l’enfoiré en interne qui vous a piqué votre poste. Ce type a forcément du clafoutis Picard entre les dents en ce moment, si ça peut vous rassurer.

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