Je suis resté enfermé chez moi pendant toutes les vacances

Tout a commencé par une chaude matinée du mois d’août alors que je m’apprêtais à partir en vacances.

La valise remplie de chemises hawaïennes et la tête pleine de rêves à l’idée de passer deux semaines à Cancun avec mes amis Aristide et Jean-Benoît, j’allais claquer la porte de chez moi lorsque soudain…Je me suis souvenu que j’avais oublié le plus important : mes médicaments contre l’incontinence ! (Je vous expliquerai)

N’ayant aucune envie de baigner dans mes selles devant un groupe d’étudiantes californiennes, je retourne tout de go dans mon appart en claquant la porte sans m’apercevoir que j’avais laissé mes clés dans la serrure. C’est le drame ! J’étais de toute évidence enfermé chez moi.

Ceci est mon histoire.

DONG DONG.

Jour 1 

653667e40f0fe89

Mon premier réflexe est évidemment d’appeler pour demander de l’aide. Malheureusement, personne ne répond : mon concierge parce qu’il est déjà parti en vacances et mes amis parce qu’ils ne m’aiment pas. J’essaie également d’appeler mon proprio qui me rappelle que je n’ai pas payé le loyer depuis trois mois. Je lui raccroche au nez et glisse une feuille sous la porte demandant aux gens qui passeraient de m’ouvrir. J’écris également “HELP”’ avec de la mousse à raser sur les fenêtres. Je dessine aussi une bite pour rigoler et créer de la sympathie à ceux qui verraient le message.
Je m’installe confortablement devant un best of du Plus Grand Cabaret du Monde en attendant patiemment qu’on vienne  à mon secours.

Jour 2

Plus-grand-cabaret-du-monde-FR2-Patrick-Sebastien-controle-tout

Je me réveille les yeux meurtris et un filet de bave collé à mon oreiller, assommé par la voix de Patrick Sébastien qui répète “C’est que du bonheur”. Personne ne m’a ouvert et la mousse à raser a séché sur les fenêtres. Je récupère la feuille glissée sous la porte mais ce n’est que pour découvrir des messages d’insultes de mes voisins qui disent que ça m’apprendra à faire des soirées en semaine. L’un d’entre eux a même ajouté un dessin de moi avec un tout petit sexe ce qui est assez cruel.

Je sens que mon mauvais karma est en train de me rattraper.

Jour 3

Je commence à avoir la dalle. Et soudain, la solution me saute aux yeux ! Mais bien sûr, je vais commander à manger et le livreur m’ouvrira la porte de dehors ! Ragaillardi par cette idée de génie, je dégaine mon portable et commande aussitôt un bento chez Sushi Ship pour la modique somme de 125 euros !

Hahaha victoire ! A moi la liberté !

Jour 5

dying-iphone-battery

Déjà quatre jours que je suis enfermé chez moi et toujours aucune nouvelle de Sushi Ship. J’ai essayé d’appeler leur service client facturé 57 euros la minute mais ils me disent de patienter et que ma commande est toujours en cours : “certaines commandent prennent du temps et ça ne sert à rien d’appeler toutes les trois heures” m’ont-ils dit avant d’insulter ma mère. Je tente de les rappeler une dixième fois malheureusement la batterie de mon portable lâche, le chargeur étant resté dans ma valise sur le pallier.

Jour 6

Affamé, je me résigne à manger les restes de mon frigo les plus hardcore : une part de pizza recouverte de moisie et un tupperware de chili con carne vieux de trois mois qui ressemble à de la bouffe extra-terrestre. J’entame également une rame de feuilles A4 en guise de dessert.

Jour 9

tenor

Mon estomac commence à émettre des bruits à la R2D2 et je réalise que je dois prendre mes médicaments contre l’incontinence que j’avais en fait bien mis dans ma valise. D’étranges douleurs me lancent au niveau de la vessie et du colon. ça commence à vraiment sentir la merde cette histoire.

Jour 11

giphy

Je me réveille allongé par terre baignant dans ma propre urine. Mon appartement est dans un état apocalyptique : les murs sont recouvert de selles et le parquet est innondé. L’odeur est insoutenable ce qui a pour effet de me faire vomir tous les restes de chili con carne ingurgités cinq jours plus tôt. Je suis désolé que tout ces détails est horribles et de mauvais goût mais il faut que vous sachiez.

Jour 12

Je ne peux pas rester ici. En désespoir de cause, je décide de fabriquer une liane avec ce qu’il me reste de PQ pour m’échapper par la fenêtre. J’attache également toutes les baguettes de mes anciennes commandes Sushi Ship pour fabriquer une lance  afin de chasser les cafards et les rats de mon appartement pour me nourrir jusqu’à mon évasion. Je vais avoir besoin de toutes mes forces pour cette opération périlleuse.

Jour 14

climbing-down-the-saffold-fold-out-fire-escape-ladder

Je suis fin prêt pour “La Grande Descente” comme je l’appelle depuis deux jours. Et c’est tant mieux car l’air de mon appartement est corrompu et une épaisse couche d’excréments, de cadavres de souris et de restes de feuilles A4 jonche le sol de mon appartement.

Je lance ma corde de PQ par la fenêtre et entreprends la descente. Mon coeur bat la chamade et je lâche des petits prouts de stress. Me voici suspendu dans le vide, six étages et 50 mètres de vide en-dessous de moi.

Mais tout d’un coup, ça sonne à l’intérieur de l’appartement. Quoi, maintenant ? Qui cela peut-il bien être ?

“Monsieur, c’est Sushi Ship, nous venons livrer votre commande” entends-je depuis la fenêtre.

Sushi Ship ? Je les avais complètement oubliés depuis la commande passée il y a dix jours.

“Nous sommes  désolés pour le retard de votre commande, poursuit le vendeur derrière la porte. En guise de geste commercial, nous avons  ajouté une sauce soja gratuite et une réduction de 1% sur votre prochaine commande à condition que vous veniez la chercher en boutique.”

C’en est trop. Je remonte dans mon appartement et me précipite vers la porte pour ouvrir aux salauds responsables de tous mes maux et de toutes les souris que j’ai mangées ces deux dernières semaines. Je hurle au vendeur d’ouvrir et le transperce de ma lance en baguette. 

Soulagé, je respire l’air frais du couloir et dévore mes sushis. Je reste allongé là un moment dans un état de plénitude interrompu par les sirène de police et les gyrophares.

Jour 177

J’ai troqué la captivité de mon appartement pour celle d’une cellule capitonnée à la Santé. Finalement je m’habitue assez bien à l’enfermement. Hier Aristide et Jean-Benoît sont passés me voir, encore tout bronzés de leur vacances à Cancun.

Mon proprio me réclame désormais dix mois de loyers.

........................................

Commentaires ()